Étape 1 – de St Jean à Orisson

 

depart de st jeanIl y a tout de même plusieurs années depuis mon dernier séjour en dortoir. J’avais oublié certains aspects de l’expérience. Mon voisin du lit d’en haut est très anxieux. Il passe la nuit à tourner dans son lit, à ajuster son sac, à se lever pour marcher dans le couloir. Il parle à peine anglais, mais prévoit aller jusqu’à Roncevalles demain. 26 km dans les montagnes. Une montée de plus de 1400 mètres.   Les montagnes m’effraient depuis des mois. Je pense aux Pyrénées et j’ai des palpitations. Serait-ce aussi le cas pour lui?

Après de multiples efforts, j’ai réservé un lit à mi-chemin, à Orisson. De fait, j’aurai une place dans une tente. Je suis soulagé, malgré ce camping spontanée. Mais une marchande à St Jean sème le doute. Elle me dit que le proprio au refuge d’Orisson a l’habitude de faire sauter des réservations. Elle ne soulage aucunement mon anxiété.

Levée du soleil et début de journée. J’ai déjà pris ma douche et fait le plein d’eau. Je petit déjeune, roule mon sac, ferme ma valise et c’est parti. Je descend la rue de la Citadelle. Je passe par la porte St Jacques.  La c’est vraie. J’ai entamé mon camino.

Le premier km en sortant de St Jean est un calvaire. Une pente qui monte à 45 degrees. Mon coeur se démène, mais je continue de marcher. Comme Mireille m’a conseillé. Just keep walking. Vers le deuxième km, la pente – encore raide – devient plus abordable. La montée se poursuit. La pente varie entre 30 et 60 degrées. La vue est étonnante. Spectaculaire. Les péllerins cheminent à environ 100 mettres d’intervalle. Nous grimpons vers le ciel. La brume lève entre les sommets des montagnes. Je dégouline, et peine à trouver un rythme qui me permet d’aborder ce terrain. Puis, après des mois d’incertitudes, à me demander si je serai capable de le faire : je suis en train de le faire. Un pas à la fois. Je dégouline. Je m’arrête pour reprendre mon souffle et pour tordre mon foulard, saturé de sueur. Ma chemise est aussi saturée. Je suis mouillé à l’os. Mais je marche. Mes hanches branlent sous la pression de cette ascension perpétuelle. Mais je marche. Puis, dans une courbe à mi-pente, soudainement, je n’ai plus peur. C’est d’une beauté surréelle qui coupe le souffle. Mais le chemin est dûr. La pente est tellement raide parfois qu’il me semble que le chemin n’est qu’à quelques centimètres de mon visage. Un pas à la fois. Près de Hunto, la pente est terrible. Elle dure 2 km, et nous fait monter des centaines de pieds. Je me dis que c’est le plus long km de ma vie. La plus dure épreuve de ma vie aussi. Je m’apprête à entreprendre la prochaine courbe. Puis, de nulle part, je vois Orisson et sa terrasse débordante de péllerins. J’entre vérifier ma réservation et me prendre un sandwich et un jus d’orange frais. J’ai une tente à moi seul. Quel luxe!!

Je passe l’après-midi à jaser avec d’autres péllerins et à m’émerveiller de la vue panoramique. Je fais ma lessive, fais le plein d’eau, prépare mon duct tape pour demain. Je soupe avec une cinquantaine d’autres péllerins. Après le rôti de porc et le cassoulet, chacun se présente. Nous sommes venus du Canada, des États Unis, de la France, de la Hollande, de l’Allemangne, de l’Afrique du Sud, de l’Australie, de la Suède. C’est émouvant.

Le prochain km ressemblera à ce matin, à ce qu’on me dit. Après ça se calme, jusqu’à la descente vers Roncevalles. Faudra faire attention, mais je n’aurai pas peur.

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