Camino – visages de passage 1

de zubiri_04Il y a la marche, le voyage, la quiétude, la simplicité, mais ce qui me frappe le plus depuis le début de mon Camino, se sont les rencontres avec d’autres péllerins. Elles sont souvent de brèves, fragmentaires puisque l’un parle à peine la langue de l’autre, mais elles sont toujours joyeuses, chaleureuses et profondes.

Dans l’autobus entre Canbo et St Jean, Loretta s’assoie à côté de moi. Elle cesse de parler juste assez longtemps pour respirer. Elle est venue de l’Afrique du Sud. Elle est persévérante et ne recule pas devant les grandes montées.

À St Jean, j’échange brièvement avec Davy, un Écossais septagénaire drôle, bon vivant, légèrement fou sur les bords, débordant de vie. Je rencontre Rebecca de l’Alaska, qui me demande de confirmer certains détails de la carte pour les prochains jours. « How many feet are there in a meter? So this mountain were climbing tomorrow is 4200 feet high?  And how many km make a mile? OK. I can do that over two days. » En voilà une qui incarne l’esprit du Camino. Elle me fait sourire.

Je rencontre Oliver, ou plutôt Catherine, qui avait donné son nom de famille pour réserver sa place dans une tente à Orisson. L’équipe à l’accueil s’étonne qu’elle soit une femme. « Vous êtes Oliver? Mais vous n’êtes pas un homme! Vous deviez partager une tente avec Monsieur Thibault… Comment? Dubeau? Mais ça alors! »

Je passe l’après-midi à bavarder avec Jane, aussi de l’Afrique du Sud. Elle enseigne l’ergothérapie à l’Université de West Cape. Nous j’assons ergo, famille, équité, Amazing Race, Fruit Loops, l’essentiel de la vie!

Puis, y a Ken. « Ken from Philadelphia, originally from Boston ». Il hurle de joie à chaque fois qu’il croise un autre Américain. Il s’est remplacé une hanche il y a deux mois et demi. Un homme remarquable.

Dans la tente avoisinante à Orisson, deux de mes femmes préférées au monde: Anna et Theodora deux cousines de la Hollande. Si elles ont 30 ans, c’est à peine. Elles montent et décendent les côtes à pleine vitesse. Ce sont des forces de la nature. Je les croise à 7 reprises le troisième jour. Elles sont inépuisables.

De la Suède, Hannah et sa mère, qui font le chemin ensemble. S’il y a des anges au paradis, elles ont sûrement le visage, le sourire et le rire de Hannah. Elle a les yeux mouillés quand elle me confie qu’elle entreprend ce voyage avec sa mère avant de quitter le foyer familial pour aller enseigner le snowboarding à Whistler en Colombie-Britannique.

Sarah, de Hambourg, à qui je parle bien sûr de mon hambourgeois préféré de l’univers théâtral. Elle me confie son besoin de prendre un temps d’arrêt, que pour elle, après une triste histoire de taxage au travail.

Mon préféré, depuis le début, c’est Lee. Il est Japonais et baragouine quelques bouts de phrase en anglais. Mon japonais est nonexistant. Il escale les montagnes comme par magie. Tout léger sur ses pieds. Il flotte presque. Quand j’arrive à le suivre pendant quelques km, je sais que j’ai raison d’être fiers. À chaque fois qu’on se croise, on se donne un thumbs up et un gros sourire. Au haut du Col de Leopeder, on s’arrête à quelques pas l’un de l’autre pour manger nos sandwichs avant la décente. Avant de partir, on se salue d’un hochement de tête. En bas, après la messe à Roncevalles, il vient me trouver. Il me donne sa main et me tire dans un gros hug. Sans dire un mot, nous sommes devenus des amis à vie.

Nous partageons tous ce Camino, ces moments singuliers, éprouvants, pleins d’épreuves et d’amour. J’ignore si nos chemins se croiseront à nouveau, mais je l’espère.

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