Étape 6 – De Cizur Menor à Mañeru à Puente de la Reina

cizor_04L’Albergue à Cizur Menor est magnifique. L’hotesse, Mme Roncal est d’un charme et d’une générosité extrème. Quel plaisir de passer une journée dans cet oasis. Malheureusement, je cochambre avec les membres d’un choeur français de ronflement. Personne ne dors de la nuit.

La sortie de Cizur Menor se fait à la noirceur. Je croise un groupe de péllerins qui tournent en rond à chercher une flèche, une coquille, une indication quelconque qui permettrait de se repérer. On s’entraide, et au bout d’un moment, on se retrouve sur le sentier. Je rencontre Valérie, qui reconnaît mon accent canadien au même moment que je reconnais le sien.

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Nous montons ensemble jusqu’à l’Alto del Perdon. C’est plaisant de trouver un accent et des référents qu’on reconnaît. La montée est rude, surtout le ventre vide, mais la jasette est agréable et facile, et la vue panoramique au sommet est extraordinaire. On y trouve les vestiges d’un couvent du moyen âge. La tradition veut que les péllerins qui se rendent jusqu’au sommet obtiennent l’absolution de leurs péchés. Je me sens déjà un peu plus léger. On y trouve aussi une magnifique sculpture en fer, et des vistas incroyables.

La route me fait passer entre une quarantaine d’aéoléennes au sommet des montagnes. On chemine dans de la boue et des roches la majeure partie de la journée. Une journée agréable, sociale, passée à cheminer en tandem avec une inconnue, sans voir le temps passer.

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Arrivée à Puente la Reina, le point d’arrêt anticipé pour la journée, je me sens encore en pleine forme. On a le vent dans les voiles. Sachant que la plupart de nos comparses s’arrêteront à Puente la Reina, on se dit que ça pourrait être le fun de prendre de l’avance. Il fait beau, aussi bien en profiter! Cheminons jusqu’à Meñure… C’est seulement 5.6 km de plus.

Cet une ballade agréable. Le soleil tape, mais tout va bien pendant 2 km. Puis, c’est une montée en flèche qui dure 3,6 km. On souffre tout le long, à l’exception de quelques mètres où le soleil à la gentillesse de se tasser derrière un nuage.

Arrivée à Meñure, on est ravis, dégoulinant et déshydraté.

C’est alors que L’hospilatero nous informe que tout est complet. Chez lui et pour les 2 prochains villages. On devra faire 15 km de plus, sans savoir si un lit nous attend à Estalla, où personne ne répond au téléphone à l’auberge.

Nous faisons demi-tour en souhaitant trouver des places qui restent aux grands albergués de Puente la Reina. On y arrive, mais complètement à vide d’énergie, d’eau et de volonté. J’aurai parcouru 32.5 km.

Mettons ça en perspective. 32.5 km à Ottawa, c’est 20 minutes sur l’autoroute pour souper chez des amis à Gloucester. C’est à peine un aller retour de Perkinsfield à Lafontaine. C’est la distance entre la sortie Yongue et Victoria Park sur la 401.

Sur le Camino, c’est 10 heures de marche, 4.5 litres d’eau, des pieds qui hurlent, un dos plié, un besoin de sommeil urgent et un nouvel amitié bien soudé par deux personnes qui ont passé une journée de folie à pleinement profiter du Camino.

Je prends ma douche, et me couche aussitôt. Pas de lessive, rien. Je dégouline encore. L’épuisement, c’est ça. Demain, je prévois un taxi jusqu’à Méñure pour reprendre la longueur d’avance. J’aurai vécu ce trajet dans les deux sens… Pas du tout besoin de le revivre une troisième fois. Leçon apprise: le Camino est chargée, faudra réserver dorénavant. Puis, faudra savoir avouer que malgré tout, j’ai des limites. Une montée folle après 8 heures de marche est en tête de la liste.

Je m’ennuie de la Saskatchewan. Des plaines. De tout ce qui est plat. Je fredonne du Anique Granger. J’écoute chanter Gen Toupin avant de m’endormir.

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