Étape 9 – De Los Arcos à Viana

Ma meilleure marche à date. 21 km en 4.5 hrs. Quelques collines, quelques vallées, un peu de compagnie, très peu de douleur, une brise soulageante! Et heureusement! Une soirée peu agréable à l’auberge où nous étions tassé comme des rats avec seulement 2 toilettes pour plus de 100 personnes. Je quitte à toute vitesse un albergue lamentable, trop rempli, mal équipé, avec en tout 3 douches et toilettes pour plus d’une centaine de péllerins.

Je marche à compter de 5h45, à la noirceur. Je constate que c’est alors, avant que le soleil ne soit trop haut, que je suis à mon meilleur.

Après environ 90 minutes, la musique commence à jouer dans ma tête. Je l’ai peu entendue jusqu’à date. Je ne m’attendais pas forcément à ce que la première toune que je fredonne de la journée soit « Mamas don’t let your babies grow up to be cowboys, mais pourquoi pas. J’enchaîne avec quelques chansons gospel, puis du James Taylor. Le temps se passe vraiment très bien. Je ne prétend ni comprendre ni commander mon jukebox intérieur, mais je demeure bien heureux de le compter parmi mes ressources personnelles.

Je passe parmi des vignes, des oliviers, des figuiers. Des petites côtes, des petites vallées, c’est ce que j’imaginais et je souhaitais en planifiant ce voyage. Je suis heureux dans mon cœur. En sortant d’une section parmi des arbustes, je trouve des petites piles de pierre et de papier. Les péllerins s’arrêtent ici pour noter des vœux, des souhaits, des prières. La majorité se situe dans une de deux catégories: des vœux de buen camino pour ceux qui viendront après nous ou des prières qui visent un être cher vivant ou défunt.

Quelques uns parmi vous ont commencé à poser des questions existentielles, ou plutôt, voudriez savoir où j’en suis rendu par rapport à mes réflexions sur certaines questions existentielles. J’aborderai ça à l’avenir. Pour l’instant, je dirai que j’ai plusieurs listes avec moi sur ce voyage. L’une d’elle comprend des questions ou des sujets par rapport auxquels je compte méditer lors de mes marches. Je n’ai pas de réponses. Ni pour moi, ni pour autrui. Mais j’ai le goût de prendre le temps de réfléchir, d’observer, d’écouter, et de partager avec quiconque voudra entendre mon grain de sel…

camino9_01Aujourd’hui, devant ces petites piles de pierre, je réfléchie par rapport à l’amour. L’amour est omniprésente sur le Camino. Elle se manifeste souvent par des péllerins qui marchent à l’honneur d’un ou d’une bien aimée. Je l’observe à maintes reprises, à tout les jours, quand des couples qui marchent le Camino ensemble se tiennent par la main sur la route. Je l’entend, dans l’histoire d’un retraité de la Nouvelle-Écosse qui s’est entraîné pendant six mois, après des décennies passées sur un divan, à regretter la fin de sa « vie productive ». Malgré l’absence d’espace personnelle et la présence perpétuelle d’inconnus, je témoigne de centaines de petits gestes affectueux sur cette route. Des gens qui s’arrêtent pour panser les blessures d’étrangers sur la route, des gens qui partagent leurs repas, leur eau, leur équipement, en appui à autrui. On s’entraide systématiquement. Je vois de l’amour partout et me demande pourquoi elle est si peu évidente dans nos vies occidentales. Certains seront même mal à l’aise de me lire, ou de réfléchir eux-même à ce sujet. Pourquoi? Parce que nos vies ne nous laissent que peu de temps et peu de place à accorder à ceux et à qu’on aime véritablement et profondément?

camino9_02Chez ceux de ces péllerins qui se sont attardé pour noter un vœux et le ranger sous une pierre au bord du Camino, l’importance de l’amour est palpable. Je me demande ce qui en fait un sujet anodin, insignifiant ou gênant dans nos vies ordinaires. Je remarque un graffiti « mas amor por favor ». Contrairement à mes réflexes canadiens, je ne fais pas de blague. Plutôt, je me dis que c’est un beau vœux à offrir à l’ensemble de l’humanité. D’autant plus en ce 11 septembre.

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