La méseta

astorga_04Depuis plusieurs jours, je traverse la méseta. Une série d’étapes qui traversent les plaines au milieu de l’Espagne. La senda, cette autopiste pour les pèlerins, me mène d’un village à l’autre, et les kilomètres s’enchaînent . Les villages et les jours fondent les uns dans les autres.

La course aux lits s’est atténuée. Entre 12h30 et 13h30, peu importe où je suis rendu, je m’arrête et m’installe pour la nuit. J’ai trouvé mon rythme. Bonhomme allant, je parcours entre 20 et 25 km par jour. Je plonge dans mes pensées. Je fredonne. J’écris. Je réfléchi. Pour la première fois depuis des années.

Les pèlerins que j’ai connu disparaissent. Certains, plusieurs, renoncent à ces étapes qu’ils trouvent ennuyantes, où un paysage plat défile devant nos yeux à longueur de journée et où l’on peut marcher 20 km sans voir une habitation humaine. Ils sont nombreux à embarquer dans l’autobus pour filler à toute vitesse vers la prochaine ville.

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À Sahagun, je passe la nuit dans un immense couvent. Autrefois, des centaines de sœurs de Santa Cruz y résidaient. Ce sont les cousines des Sœurs de Sainte Croix omniprésentes en Huronie à une autre époque. Aujourd’hui, il reste 12 sœurs au couvent de Sahagun. La moyenne d’âge fait tout près de 80 ans. Je suis seul au petit déjeuner, avec une hospitalera qui me sert le café. Elle m’offre une croix de porcelaine, fabriquée par des artistes de la région.  Les sœurs vendent ces croix pour financer leurs œuvres charitables. Elle m’explique que l’albergué et le couvent sont ouverts que 8 mois l’an, et que l’hiver, l’équipe séjourne au Péru pour gérer un programme d’éducation des enfants. Après le repas, elle me bénie et me souhaite que Dieu veille sur mon Camino. C’est une façon inusitée de débuter ma journée, mais aucunement désagréable.

Je quitte l’albergué et me rend directement à la gare de train. En risquant trahir la bénédiction matinale, je n’avais jamais prévu faire la prochaine étape à pied. Des dizaines de pèlerins que je croise, 2 rapportent avoir marché pour entrer dans Léon où le sentier pédestre converge avec l’autoroute, et on marche pendant 4 h en craignant qu’une voiture nous percute. Je ne regrette aucunement le voyage en train. Je ne me sens aucunement coupable.

Leòn est magnifique. Une vraiment belle ville. J’y retrouve des amis de marche, et de la sangria. Une soirée presqu’en famille.

Je change de système pour mes pieds. Plus de duct tape. Que de la vaselina sur les pieds. Puis, je change de bas à tous les 3 hrs. Poof. Plus d’ampoules, plus de douleur.

À la reprise de la marche je suis en pleine forme. J’héberge à l’albergue Saint Antoine de Padoue. Le saint préférée de ma mère et le patron des causes perdues. Chose rare, on nous sert un repas végétarien!! Tous se réjouissent de revoir des légumes!! Gaspacho et paella maison et une crêpe au chocolat avec de la crème chantilly pour le dessert. Le bonheur!!!

astorga_08Le lendemain, Brierly me promet « gently rolling hills ». Je me méfie. Avec raison. La route est recouverte de pierre inégales, lousse, qui tournent les pieds. Pourtant, sur ce terrain instable, ce sont surtout mes genous qui souffrent. J’ai beaucoup de douleur au genou gauche. Je traverse un village et un homme me demande d’où je viens. Je lui répond, du Canada. Il m’invite à patienter et à entrer chez lui. Je me dis que si c’est un meurtrier, on ne retrouvera jamais mon corps. Adieu Maman Dubeau! Je fais un homme de moi et entre dans son garage. Il ouvre une petite boîte de bois. Je me dis « This is it. Here comes the chainsaw ». Dans le coffre, il y a une photo de Elvis, des rubans, des épinglettes. Des bouts et des bribes laissé par des pèlerins. Il m’explique que ce sont des cadeaux de la part de gens qu’il a hébergé au fil des ans, quand les albergués débordaient. Il me montre une petite épinglette du drapeau canadien.

Puis, il sort une grande filière… (Trop petite pour voiler une scie mécanique). Il en sort des centaines de cartes postales. Des remerciements venus de partout dans le monde. Il me demande à nouveau de patienter, pendant qu’il entre dans la maison. Chain-saw. Il ressort avec un contenant de jus d’orange, me verse un verre et me souhaite un Buen Camino.

Je fais 33 km en un jour, mais suis blessé au genou. Il me faut du repos.

Je prends un hôtel exorbitant, et me couche. Un repos obligé à Astorga, la capitale du chocolat en Espagne. On a vu pire, tout de même!

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