Cruz de ferro

cruz_01Je pose trois pierres au pied de la Croix de fer…

Depuis plus d’un millénaire, des pèlerins posent une pierre, portée depuis leur départ de la maison ou cueillie en cours de Camino, au pied de cette croix.

La légende veut qu’un pèlerin qui pose une pierre à cet endroit se voit soulagé de tout fardeau (pêché, tristesse, deuil, peine, etc.) La croix, dit-on, assume ces fardeaux, et en libère les pèlerins.

Des millions de pèlerins sont passé par cet endroit. Imaginez la quantité de pierres! On en trouve de toutes les tailles, portées depuis partout sur terre au pied de la croix. Le monticule fait 10 mètres de haut à certains endroits, et plus de 20 mètres de circonférence. Au bas, on s’étonne de trouver non pas des cailloux, mais des rochers de taille considérable. Au fil des ans, certains ont inscrit des notes sur leur pierre. Leur nom, leur pays d’origine. D’autres ont rangé des notes, des lettres, des photos, des icônes sous certaines pierres. Certains fixent une note ou une image à même le bas de la croix elle-même. Ce sont des prières, des histoires, des hommages à un être cher perdu. Il y en a des milliers. Ce sont des semblants d’intentions, pour soi, pour autrui.

cruz_05À son arrivée, chacun grimpe le monticule, pose sa pierre, sa note, etc. On respecte ses moments solitaires. Tout se fait dans le silence. Il y en a qui jasent à proximité, mais pas un mot ne se dit sur le site.

Au début de mes lectures, et depuis, le rite de la Cruz de fer m’interpelle. Au fond, n’avons nous pas tous une peine, un souvenir, un regret, un fardeau quelconque que nous ne souhaiterions ne plus avoir à porter dans la vie, mais dont on n’arrive jamais tout à fait à se défaire? Depuis ma blessure, il y a quelques jours, ce moment me motive, m’incite à poursuivre.

 cruz_04Je pose trois pierres.

La première, rouge, cueillie au cimetière à Perkinsfield, où repose mon père depuis bientôt 20 ans.

La seconde, bleue, cueillie dans un des jardins de fleur de ma mère, il y a quelques années.

L’espoir du soulagement, c’est peu de chose à offrir, vue la vie qu’ils m’ont donné.

La troisième, blanche, je l’ai cueillie il y a plus de trente ans, dans la cour de l’école du village où j’ai grandi. Il me reste encore un bout de chemin et de vie à faire, mais cette école n’est plus qu’un souvenir, tout comme l’enfant que j’étais à l’époque.

Je pose ces pierres et souhaite que nous puissions tous trouver une façon de soulager le fardeau que nous portons sur notre chemin.

cruz_03

Laisser un commentaire

obligatoire