Camino – Santiago

À Arzua, je conviens d’une entente avec mon corps. S’il me porte jusqu’à Santiago, je lui donnerai le temps qu’il faut pour s’en remettre. On prendra l’autobus pour Finistère. Je serai raisonnable. J’espère que l’entente tiendra…

La marche d’Arzua à O Pedrouzo est douloureuse. Une 5 e journée consécutive de pluie torrentielle. Il y a de la boue, et d’autres substances organiques, partout sur le sentier. Je marche souvent sous des eucalyptus, et la boue est moins pénible que la pierre pour mes pieds… Mais c’est tout de même difficile comme parcours. Puis, heureusement que j’ai trois paires de bas secs. Je change de bas aux deux heures, et malgré ça, je sens des ampoules qui commencent à former. Puis, j’ai une nouvelle douleur dans mon avant jambe droite. Je crains qu’à force de compenser depuis plus d’une semaine pour mon genou gauche, qui ne vas toujours pas bien, de nouvelles blessures ont développées.

La pension où j’héberge à O Pédrouzo est magnifique… Propre… Reposante. La propriétaire me recommande un excellent resto pour le souper, où je prend un des meilleurs repas de tout mon Camino. Les pèlerins chuchotent au souper. Il semble que le Botafumeiro, ce grand encensoir mythique de La cathédrale de Santiago, ne sert plus souvent lors de la messe… À moins que quelqu’un n’accepte de commanditer son usage par un don de 300 euros. Toutefois, il serait prévu de l’utiliser lors de la messe de midi demain. Plusieurs révisent leurs plans pour arriver à temps. Pas moi. Je me croiserai les doigts pour qu’il serve aussi à la messe de 7h30.

Je dors à moitié. J’ai hâte de marcher, hâte de me rendre. Puis, je suis fébrile devant l’idée de compléter ce Camino.

Je quitte avant la levée du jour. Par un moment de folie, je tourne une vidéo promo pour la Galicie… Province qui m’a tant enchantée… 😉

Depuis Sarria, les pèlerins sont de plus en plus nombreux sur le sentier. Je marche parmi une foule de centaines de pèlerins. Tout le monde jase. Tous sont heureux d’être presque rendu. Nous marchons sous une pluie légère. Puis, on entrevoit le soleil! Quel plaisir!

Je traverse une série de petits villages… Aucun d’entre eux n’inspire grand chose. Puis, nous entendons le bruit assourdissant d’avions qui décollent. Nous marchons le périmètre de l’aéroport de Santiago. Dorénavant, le sentier passe par les rues d’asphalte et de béton des banlieues de la ville. Puis, quelle surprise, nous montons! Nous approchons de Monte de Gozo (le mont de la joie… On dit qu’il se nomme ainsi puisque c’est à partir de cet endroit que les pèlerins peuvent entrevoir les tours de la cathédrale pour la première fois. J’ai une autre théorie: on l’a nommé ainsi car c’est la dernière maudite côte qu’il faudra grimper avant d’arriver à notre destination!) Au sommet de la montée, il y a un monument à la visite du pape Jean-Paul II. Puis, un immense dortoir de 400 lits… Le tout dernier point d’arrêt pour les pèlerins avant l’entrée dans la ville.

Le monument me rappelle la visite du pape à Midland en 1984. Ce jour là, aussi, nous nous étions réveillé très tôt et avions marché longuement avant d’arriver sur le site, à la cathédrale des Saints Martyrs Canadiens. Nous étions plus de 50 000 ce matin là.

Je profite d’un temps d’arrêt pour jaser avec d’autres pèlerins. Je ferai les 5 derniers km en compagnie de Carmèle, du Québec, avec qui j’avais soupé et beaucoup ricané, à Villafranca. Elle est blessé, moi aussi. On s’encourage et on avance lentement.

galicie_01L’entrée en ville est longue. De fait, il faudra traverser la ville avant d’arriver à la cathédrale. En entrant dans la vieille ville, en attendant que change un feu avant de traverser la rue, nous retrouvons Hannah et sa mère Èva. J’arriverai à la cathédrale en compagnie d’amis rencontrés dès mon premier jour de marche. L’hasard fait bien les choses.

C’est de la musique qui nous guide jusqu’à la cathédrale. J’entends de la cornemuse. Carmèle anticipe des écossais en kilts… Mais c’est de la musique traditionnelle de la Galicie. L’arrivée devant la cathédrale est émouvante pour tous. Pour moi, c’est la culmination d’un rêve vieux de plus de 18 mois… L’aboutissement d’un projet qui aura provoqué des changements importants à ma vie. La fin d’une épreuve physique comme j’en ai jamais connu auparavant.

À peine sortie de mon hôtel, à la recherche de quoi me mettre sous la dent, je retrouve Jane. Elle est folle de joie. C’est elle qui me guidera jusqu’à l’office des pèlerins, où je cueillerai ma Compostella. Elle m’explique aussi que l’on peut obtenir un deuxième certificat, dans une des églises de la ville, pour commémorer le 800e anniversaire du pèlerinage de St François D’Assise à Santiago.

galicie_05Je passerai trois jours à Santiago. Des retrouvailles avec ma famille du Camino, du temps en touriste, la messe et un souper de l’Action de grâce en solo dans une vinoteca, à manger des pinchos et à écouter du rock rétro Américain. Je tâche aussi de me reposer… De me guérir. Je dors encore avec les jambes soulevées. Je n’ai pas encore retrouvé ma cadence de marche habituelle… Mais ça s’améliore. Je n’ai aucune idée ce qui m’attends lors de mon retour à la vraie vie… Je ne suis pas encore prêt à y penser.

Curieusement, bien que je suis profondément soulagé d’être arrivé à Santiago, je ne sens pas que mon camino est terminé. Je ne me sens pas, non plus, en mesure de tracer le bilan de ce voyage, ou encore à en parler avec mes bien aimés qui n’ont pas eux-mêmes vécu le trajet. Je sens qu’il faudra une période de transition. Je poursuivrai d’abord vers Finistère… Par autobus 😉

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